9 juillet 2025
Nos experts en langues ont rédigé un article d’opinion en réponse à la nouvelle note conceptuelle de la ministre Zuhal Demir intitulée « Chaque enfant, héros de la langue ». Vous trouverez ci-dessous une traduction de l’article. Vous pouvez lire l’article original, en néerlandais, ici !
« Le problème linguistique dans notre système éducatif n’a jamais été aussi important et les enfants qui ne parlent pas le néerlandais à la maison obtiennent de moins bons résultats aux tests PISA et sont trois fois plus susceptibles d’abandonner l’école ». Lorsque la ministre Zuhal Demir a présenté sa nouvelle note conceptuelle « Chaque enfant, héros de la langue », nous, chez Foyer vzw (le centre d’expertise bruxellois sur l’enfance multilingue), avons été non seulement surpris, mais aussi inquiets. Le fait qu’on accorde plus d’attention et de ressources au développement des langues dans l’enseignement est incontestablement positif. Dans un contexte aussi diversifié que celui de Bruxelles, où le multilinguisme est la norme et non l’exception, la maîtrise du néerlandais est essentielle à la réussite scolaire, à la participation sociale et, plus tard, aux possibilités d’emploi. Mais une politique linguistique fondée sur la méfiance à l’égard des langues d’origine passe à côté de l’essentiel. Des mesures bien intentionnées peuvent s’avérer néfastes si elles partent d’un état d’esprit restrictif. Comme BRUZZ l’a également rapporté hier, l’introduction de classes de langues séparées pour les enfants multilingues dans l’enseignement bruxellois semble irréaliste. Nous allons même plus loin : ce n’est pas seulement irréaliste, c’est aussi indésirable d’un point de vue pédagogique.
La note conceptuelle de M. Demir suggère que les moins bons résultats scolaires des enfants qui ne parlent pas le néerlandais à la maison sont dus à leur multilinguisme. Il s’agit d’une idée fausse qui perdure depuis trop longtemps. La recherche et l’expérience pratique montrent que ce n’est pas le multilinguisme, mais les opportunités et la pauvreté linguistique qui sont les véritables facteurs explicatifs. La pauvreté linguistique ne dépend pas de la langue parlée par l’enfant, mais du nombre d’expériences linguistiques riches et stimulantes qu’il reçoit. En problématisant le multilinguisme, nous manquons l’occasion d’exploiter précisément cette richesse comme levier d’apprentissage et de développement. C’est donc précisément dans une ville comme Bruxelles qu’il est crucial de se concentrer sur le développement des langues multilingues au lieu de pousser les enfants dans des voies séparées.
Nous saluons le soutien supplémentaire apporté aux enfants d’âge préscolaire par le biais de petits groupes : une approche efficace qui a déjà fait ses preuves dans la pratique. Mais des classes séparées dans l’enseignement primaire pour les enfants qui ne maîtrisent pas encore suffisamment le néerlandais ? On ne soigne pas les nouveaux défis avec des médicaments qui n’ont pas fonctionné il y a 40 ans. Chez Foyer, nous en avons déjà fait l’expérience pendant de nombreuses années. En outre, des recherches scientifiques viennent de montrer que les enfants apprennent beaucoup de leurs camarades de classe qui maîtrisent déjà certaines compétences. Les classes hétérogènes, dans lesquelles les enfants peuvent s’entraider mutuellement, sont donc cruciales. La ségrégation appauvrit, la diversité enrichit.
Nous soutenons également l’importance d’un contact précoce avec la langue de l’école, mais nous remettons sérieusement en question la création de camps linguistiques pour les tout-petits. Investir dans des crèches accessibles et de qualité est non seulement plus efficace, mais aussi plus équitable. Ces structures sont précisément le lieu par excellence pour encourager le développement du langage dès le plus jeune âge, de manière large et inclusive. Et puis, il y a la proposition de supprimer l’allocation scolaire aux parents qui ne parlent pas suffisamment le néerlandais. Punir les parents n’est jamais un moyen efficace d’aider les enfants. Qu’est-ce qui marche ? Responsabiliser les parents. Chez Foyer, nous avons développé des initiatives telles que le jeu Liba Lingua, qui encourage les parents à contribuer activement au développement linguistique de leurs enfants dès le départ, tant dans la langue parlée à la maison qu’en néerlandais, toujours dans l’optique d’une coopération entre les parents et l’école. De tels projets sont bien accueillis dans les écoles, mais ne bénéficient pas encore d’un soutien politique.
Les héros de la langue ne naissent pas dans des classes séparées. Ils grandissent dans une société qui reconnaît leur multilinguisme comme un atout. Ceux qui réduisent l’enfant multilingue à une déficience linguistique manquent non seulement les preuves pédagogiques et scientifiques, mais aussi l’occasion d’être véritablement tournés vers l’avenir. Nous appelons les décideurs politiques à opter pour des solutions fondées sur des données probantes, durables et inclusives. Car si nous voulons vraiment que chaque enfant devienne un héros linguistique, il est grand temps d’arrêter de lui enlever sa cape simplement parce qu’elle est tissée dans plus d’une langue.
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