Dans certains quartiers populaires, la culture de rue est particulièrement dominante chez certains jeunes. C’est aussi cette culture de rue qui fait que certaines zones sont, pour ainsi dire, privatisées. Ces zones sont alors perçues comme des territoires où une personne venant de l’extérieur est parfois rapidement considérée comme un intrus. Et personne ne vient davantage de l’extérieur qu’une personne portant un uniforme, lequel rend visible l’autorité associée à cet extérieur.
L’uniforme et celui ou celle qui le porte ont donc du mal à être acceptés dans de tels espaces sociaux marginalisés et « privatisés ». Or, l’uniforme n’est pas seulement porté par la police, mais aussi par les pompiers et les ambulanciers. Les personnes extérieures constatent alors, à juste titre et avec stupéfaction, que même les ambulanciers et les pompiers se heurtent parfois à de l’opposition.
Voilà donc l’un des défis dans lesquels le travail avec les jeunes devrait davantage investir. Comment faire en sorte que « l’uniforme » — police, ambulanciers, pompiers, etc. — devienne, davantage qu’aujourd’hui, une composante intégrée et intégratrice de la vie dans certains quartiers populaires ?
Une relative internationalisation de tels quartiers — par la présence de personnes en situation administrative précaire ou de personnes arrivant temporairement de l’étranger — ne facilite évidemment pas les choses.
« L’essere odiati fa odiare. »
(P.P. Pasolini, 16.06.1968)
Formulé de manière plus générale : Le fait d’être soi-même haï ou de se sentir l’objet de la haine (sociale, familiale ou autre) amène les gens à haïr à leur tour. Pier Paolo Pasolini l’a écrit un jour.
Cela me fait penser aux relations difficiles que certains jeunes (sans généraliser !) entretiennent avec la police et, plus largement, avec les « uniformes ». Certains jeunes ont, à tort ou à raison, le sentiment d’être constamment pris pour cible, voire d’être détestés, et en viennent eux-mêmes à prendre pour cible et à détester ceux dont ils soupçonnent qu’ils les détestent.
Est-ce que je cherche ainsi à approuver leur comportement ? Est-ce que je veux les materner ? Est-ce que je veux rejeter la faute sur « nous » ? Est-ce que je prétends qu’il n’y a pas de jeunes qui n’ont tout simplement aucun scrupule ? Non, absolument pas. Mais je pense qu’il peut néanmoins être utile d’essayer de comprendre ce sentiment de frustration réciproque (et parfois de haine) qui existe parfois, et de tenter de le transformer.
Pasolini écrivait d’ailleurs cela dans un contexte totalement différent : il constatait à l’époque que des jeunes issus de milieux pauvres qui devenaient policiers étaient considérés comme des traîtres par leurs anciens amis et par leur quartier d’origine.
Depuis un certain temps déjà, l’un des axes importants du travail du Foyer consiste à essayer d’améliorer les relations entre la police et les jeunes. La formule a déjà été quelque peu expérimentée, notamment avec le MigratieMuseumMigration, et elle donne des résultats plutôt encourageants. La direction de la police de la zone dont Molenbeek fait partie y est d’ailleurs très ouverte.
Une première initiative que nous prenons maintenant, au début de cette nouvelle année de travail au Foyer, est l’organisation d’un « mixed relay » réunissant policiers et jeunes, le samedi 12 septembre à 13h30. En plein cœur de Molenbeek, nous voulons montrer que les jeunes et la police peuvent parfaitement faire du sport ensemble et s’entraider, et ce dans des lieux particulièrement chargés sur le plan symbolique.
Anderlecht : les chiffres les plus récents sur le décrochage scolaire
Message adressé à Foyer vzw par Edwin Verdoolaege, que nous reprenons volontiers sur notre blog.
« Anderlecht, côté enseignement néerlandophone, a enregistré un peu moins de 4.000 décrocheurs scolaires au cours des 14 dernières années, depuis l’année scolaire 2010-2011.
Mais étant donné que la population est légèrement plus importante qu’à Molenbeek-Saint-Jean, la part de l’enseignement néerlandophone dans l’ensemble de l’enseignement oscille autour de 21-22 %, soit un peu moins qu’à Molenbeek. Néanmoins, cela reste une bonne mesure de la situation générale de l’enseignement (puisque nous ne disposons pas de ces données détaillées du côté francophone).
On constate également que l’évolution est différente de celle de Molenbeek : il n’y a pas la réaction brutale observée autour de 2015-2016 (attentats de Zaventem en mars 2016). Mais on observe néanmoins un plateau de mauvais résultats chez les garçons entre 2014 et 2018 et, comme à Molenbeek, un écart important entre les résultats des garçons et ceux des filles. Il est donc important de continuer à distinguer les données selon le genre.
Mais la grande inquiétude concerne évidemment l’évolution récente à Anderlecht, où le décrochage scolaire chez les garçons montre une forte hausse jusqu’à 37,5 %, en contraste marqué avec les 14,3 % chez les filles. Un rapport de 2,5 pour 1, preuve qu’il se passe quelque chose d’anormal. L’attention médiatique portée à la problématique locale de la drogue a sans doute déclenché certains processus ayant conduit à des décisions irrationnelles. (…)
Nous examinons ensuite la situation au niveau des filières d’études. Dans l’enseignement général, à la fin de l’année scolaire 2023-2024, on compte 8,2 % de décrocheurs scolaires, répartis également entre garçons et filles — ce qui est très remarquable. Ce chiffre monte à 26,1 % dans l’enseignement technique, avec 14,7 % chez les filles et déjà 37,1 % chez les garçons. Mais comme à Molenbeek, c’est l’enseignement professionnel qui constitue la plus grande source d’inquiétude, avec 44,8 % de décrochage scolaire précoce (et même 63,0 % chez les garçons).
Ce sont surtout des élèves issus de familles vulnérables qui se retrouvent dans l’eneignement profesionnel, ce qui rend la situation évidemment doublement préoccupante et peut éventuellement conduire à une radicalisation et à d’autres effets sociétaux indésirables. »
Nous publions ceci afin que des mesures soient prises face au décrochage scolaire beaucoup trop élevé dans l’enseignement professionnel. Cela doit changer. Qui maintient des écoles ouvertes avec un taux de décrochage aussi élevé tout en négligeant d’y remédier de toute urgence ? Et non, nous n’en faisons pas porter la responsabilité aux écoles elles-mêmes ni aux enseignants.
Le 21 février, l’UNESCO a attiré l’attention sur les langues maternelles. Le respect des langues maternelles est, depuis 1980, un point d’attention important pour Foyer, lié à un respect tout aussi grand pour les langues d’enseignement. Entre 1981 et 2011, Foyer a réussi, pendant 30 ans, à donner une place à l’enseignement des langues maternelles dans l’enseignement fondamental néerlandophone bruxellois. Celui qui examine aujourd’hui les parcours des élèves ayant suivi ce programme est surpris par les nombreuses réussites qui en ont découlé. Bien entendu, cela ne s’expliquait pas uniquement par la place accordée à la langue maternelle, mais aussi par l’implication des parents et l’engagement des enseignants. L’état d’esprit était : cela « doit » réussir.
Après la suppression brutale de ce projet en 2011, suppression qui n’a jamais pu être justifiée par une évaluation correcte, les connaissances acquises ont été valorisées dans un projet, PIM (Partners in Meertaligheid) : comment gérer les langues familiales ?
Mais malgré toutes les déclarations promotionnelles sur le multilinguisme de la part des autorités bruxelloises, la réalité est que ce projet a jusqu’à présent surtout subsisté grâce au soutien de Habilnet, un fonds privé… et cela n’est évidemment pas une donnée permanente, mais quelque chose qui prendra un jour fin.
À Bruxelles, comme dans bien d’autres domaines, on préfère les grandes déclarations publiques (sans garantir les conditions nécessaires ni prévoir et prendre en charge les difficultés) à une mise en œuvre efficace et concrète sur le terrain. Voilà la faiblesse de la manière dont on traite le plus souvent les langues maternelles et le multilinguisme. Cela mérite mieux.
Les années à venir ne seront pas faciles pour vous. D’un côté, il y a le charme de Bruxelles (sa tolérance, ses mœurs plutôt conviviales)… et vous devez le préserver. Mais d’un autre côté, il y a une incroyable mauvaise gestion qui dure depuis des années… et vous le savez sans doute aussi, une mauvaise gestion qui est d’ailleurs en partie structurelle.
Je vais être très concret. Les nombreux déchets dans les rues (et comment faire comprendre aux gens qu’on ne jette pas n’importe comment des canettes et des bouteilles vides dans la rue, alors qu’ils le font depuis des années en toute impunité ?) ; l’augmentation du trafic de drogue (et comment lutter contre cela alors que de plus en plus de familles subissent une perte de revenus ?) ; la pénurie de logements sociaux (alors qu’il faut en même temps essayer de maintenir une classe moyenne dans la ville).
D’accord. Vous allez faire des économies… mais vous ne pouvez pas toucher à de nombreuses dépenses importantes et la réalisation de certaines fusions ne relève parfois pas entièrement de votre compétence : des fonctionnaires dans des endroits parfois surpeuplés et d’autres dans des endroits sous-peuplés, un phénomène criant dans certaines communes qui devraient devenir des partenaires pour la réussite de certaines fusions. Des compétences communales qu’il vaudrait parfois mieux transférer à la Région, ce qui entraînerait des dépenses plus importantes pour celle-ci (et quid des coûts de pension ultérieurs dans un tel cas)…
Si je devais faire face à une partie de ces mêmes problèmes dans les associations dont je suis membre du conseil d’administration, il me faudrait vraiment plus de trois jours pour les résoudre. Vous êtes des travailleurs acharnés, d’accord, mais vous avez réussi à régler cela pour toute la région en trois jours ? J’espère que beaucoup de travail préparatoire a été effectué au cours des 600 jours qui ont précédé… Cela aurait donné un peu plus de sens à ces 600 jours…
Le peu que j’ai lu de votre déclaration de politique générale me réjouit d’une part… Ouf, me dis-je alors : il y a un gouvernement. Mais d’autre part, ma tête est pleine de questions.
Les années à venir ne seront pas faciles pour vous. D’un côté, il y a le charme de Bruxelles (sa tolérance, ses mœurs plutôt conviviales)… et vous devez le préserver. Mais d’un autre côté, il y a une incroyable mauvaise gestion qui dure depuis des années… et vous le savez sans doute aussi, une mauvaise gestion qui est d’ailleurs en partie structurelle.
Je vais être très concret. Les nombreux déchets dans les rues (et comment faire comprendre aux gens qu’on ne jette pas n’importe comment des canettes et des bouteilles vides dans la rue, alors qu’ils le font depuis des années en toute impunité ?) ; l’augmentation du trafic de drogue (et comment lutter contre cela alors que de plus en plus de familles subissent une perte de revenus ?) ; la pénurie de logements sociaux (alors qu’il faut en même temps essayer de maintenir une classe moyenne dans la ville).
D’accord. Vous allez faire des économies… mais vous ne pouvez pas toucher à de nombreuses dépenses importantes et la réalisation de certaines fusions ne relève parfois pas entièrement de votre compétence : des fonctionnaires dans des endroits parfois surpeuplés et d’autres dans des endroits sous-peuplés, un phénomène criant dans certaines communes qui devraient devenir des partenaires pour la réussite de certaines fusions. Des compétences communales qu’il vaudrait parfois mieux transférer à la Région, ce qui entraînerait des dépenses plus importantes pour celle-ci (et quid des coûts de pension ultérieurs dans un tel cas)…
Si je devais faire face à une partie de ces mêmes problèmes dans les associations dont je suis membre du conseil d’administration, il me faudrait vraiment plus de trois jours pour les résoudre. Vous êtes des travailleurs acharnés, d’accord, mais vous avez réussi à régler cela pour toute la région en trois jours ? J’espère que beaucoup de travail préparatoire a été effectué au cours des 600 jours qui ont précédé… Cela aurait donné un peu plus de sens à ces 600 jours…
Le peu que j’ai lu de votre déclaration de politique générale me réjouit d’une part… Ouf, me dis-je alors : il y a un gouvernement. Mais d’autre part, ma tête est pleine de questions.
Les années à venir ne seront pas faciles pour vous. D’un côté, il y a le charme de Bruxelles (sa tolérance, ses mœurs plutôt conviviales)… et vous devez le préserver. Mais d’un autre côté, il y a une incroyable mauvaise gestion qui dure depuis des années… et vous le savez sans doute aussi, une mauvaise gestion qui est d’ailleurs en partie structurelle.
Je vais être très concret. Les nombreux déchets dans les rues (et comment faire comprendre aux gens qu’on ne jette pas n’importe comment des canettes et des bouteilles vides dans la rue, alors qu’ils le font depuis des années en toute impunité ?) ; l’augmentation du trafic de drogue (et comment lutter contre cela alors que de plus en plus de familles subissent une perte de revenus ?) ; la pénurie de logements sociaux (alors qu’il faut en même temps essayer de maintenir une classe moyenne dans la ville).
D’accord. Vous allez faire des économies… mais vous ne pouvez pas toucher à de nombreuses dépenses importantes et la réalisation de certaines fusions ne relève parfois pas entièrement de votre compétence : des fonctionnaires dans des endroits parfois surpeuplés et d’autres dans des endroits sous-peuplés, un phénomène criant dans certaines communes qui devraient devenir des partenaires pour la réussite de certaines fusions. Des compétences communales qu’il vaudrait parfois mieux transférer à la Région, ce qui entraînerait des dépenses plus importantes pour celle-ci (et quid des coûts de pension ultérieurs dans un tel cas)…
Si je devais faire face à une partie de ces mêmes problèmes dans les associations dont je suis membre du conseil d’administration, il me faudrait vraiment plus de trois jours pour les résoudre. Vous êtes des travailleurs acharnés, d’accord, mais vous avez réussi à régler cela pour toute la région en trois jours ? J’espère que beaucoup de travail préparatoire a été effectué au cours des 600 jours qui ont précédé… Cela aurait donné un peu plus de sens à ces 600 jours…
Le peu que j’ai lu de votre déclaration de politique générale me réjouit d’une part… Ouf, me dis-je alors : il y a un gouvernement. Mais d’autre part, ma tête est pleine de questions.
Les années à venir ne seront pas faciles pour vous. D’un côté, il y a le charme de Bruxelles (sa tolérance, ses mœurs plutôt conviviales)… et vous devez le préserver. Mais d’un autre côté, il y a une incroyable mauvaise gestion qui dure depuis des années… et vous le savez sans doute aussi, une mauvaise gestion qui est d’ailleurs en partie structurelle.
Je vais être très concret. Les nombreux déchets dans les rues (et comment faire comprendre aux gens qu’on ne jette pas n’importe comment des canettes et des bouteilles vides dans la rue, alors qu’ils le font depuis des années en toute impunité ?) ; l’augmentation du trafic de drogue (et comment lutter contre cela alors que de plus en plus de familles subissent une perte de revenus ?) ; la pénurie de logements sociaux (alors qu’il faut en même temps essayer de maintenir une classe moyenne dans la ville).
D’accord. Vous allez faire des économies… mais vous ne pouvez pas toucher à de nombreuses dépenses importantes et la réalisation de certaines fusions ne relève parfois pas entièrement de votre compétence : des fonctionnaires dans des endroits parfois surpeuplés et d’autres dans des endroits sous-peuplés, un phénomène criant dans certaines communes qui devraient devenir des partenaires pour la réussite de certaines fusions. Des compétences communales qu’il vaudrait parfois mieux transférer à la Région, ce qui entraînerait des dépenses plus importantes pour celle-ci (et quid des coûts de pension ultérieurs dans un tel cas)…
Le peu que j’ai lu de votre déclaration de politique générale me réjouit d’une part… Ouf, me dis-je alors : il y a un gouvernement. Mais d’autre part, ma tête est pleine de questions.
Dans les années 1990, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CGKR) de l’époque a obtenu du gouvernement le droit de désigner trois collaborateurs ayant accès aux centres fermés où étaient détenus des migrants en séjour illégal en attente de renvoi. Cette autorisation avait été accordée parce que certains médecins, qui y avaient alors accès, s’étaient plaints auprès de la direction du CGKR que les conditions de vie dans certains de ces centres n’étaient plus humaines.
Ce qui me frappe, c’est que depuis des années, on n’entend plus rien aujourd’hui au sujet d’éventuelles situations problématiques dans ces centres. Est-ce parce que tout s’y déroule effectivement de manière très humaine ? Est-ce parce que plus personne de l’extérieur n’y a accès ? Ou est-ce parce que ceux qui y ont encore accès depuis l’extérieur préfèrent se taire par crainte de se voir refuser cet accès ?
Je n’en sais rien, mais je constate simplement ce grand silence. Quelqu’un en sait-il davantage ? Mais alors de manière très concrète, sur la base d’une expérience personnelle ou de rapports transparents, et non sur des suppositions.
Dans les années 1990, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR) de l’époque a obtenu du gouvernement le droit de désigner trois collaborateurs ayant accès aux centres fermés où étaient détenus des migrants en séjour illégal en attente de renvoi. Cette autorisation avait été accordée parce que certains médecins, qui y avaient alors accès, s’étaient plaints auprès de la direction du CECLR que les conditions de vie dans certains de ces centres n’étaient plus humaines.
Ce qui me frappe, c’est que depuis des années, on n’entend plus rien aujourd’hui au sujet d’éventuelles situations problématiques dans ces centres. Est-ce parce que tout s’y déroule effectivement de manière très humaine ? Est-ce parce que plus personne de l’extérieur n’y a accès ? Ou est-ce parce que ceux qui y ont encore accès depuis l’extérieur préfèrent se taire par crainte de se voir refuser cet accès ?
Je n’en sais rien, mais je constate simplement ce grand silence. Quelqu’un en sait-il davantage ? Mais alors de manière très concrète, sur la base d’une expérience personnelle ou de rapports transparents, et non sur des suppositions?