Qu’est-ce qu’une approche muséale décoloniale?


Johan Leman, 5 juin 2025

Dans le cadre de la préparation de l’exposition prévue cet automne, « Bruxelles : La Congolaise : 1885-1985 », une question essentielle s’est posée pour le MigratieMuseumMigration : que signifie une approche décoloniale ?

Il a été décidé, de manière évidente et cohérente, d’opter pour la co-curation avec des Bruxellois congolais, et ce malgré les ressources financières très limitées dont dispose le musée — tant pour le choix des matériaux que pour les textes explicatifs.
La co-curation ne signifie pas qu’un seul point de vue prévaut toujours du côté congolais. Il existe parfois des débats internes parmi les Bruxellois congolais : certains estiment qu’il faut respecter la terminologie propre à une époque donnée, tandis que d’autres souhaitent en adopter une nouvelle, moins marquée par le colonialisme.
La co-curation, dans le respect de ce débat interne, est néanmoins indispensable.

Cela implique donc que la participation de personnes représentatives de la communauté concernée soit effective.
Or, cette forme de participation est déjà systématiquement mise en œuvre par le MMM pour chaque exposition, même lorsqu’il n’est pas question d’un passé colonial.

De plus, dans la mesure où l’art est présent, il doit y avoir de la place pour l’art issu de la diaspora.

Mais cela ne suffit pas. À travers ce qui est présenté, il faut également interpeller les visiteurs et les autoritéssur certaines lacunes dans la réalité bruxelloise actuelle.
Si l’on constate clairement que certaines personnes ou associations issues de la diaspora ont joué un rôle fondamental à Bruxelles ou en Belgique entre 1885 et 1985, mais n’ont pas été reconnues — par exemple via un nom de rue, une statue ou un rituel —, il est essentiel de le signaler clairement.

Deux exemples parlants :

  1. Comment expliquer qu’aucune rue de Bruxelles ne porte le nom de Paul Panda Farnana, un Bruxellois pourtant récemment intégré dans le canon flamand ?
  2. Comment expliquer que l’enseignement bruxellois n’évoque jamais le fait que plusieurs Congolais ont rejoint l’armée belge pendant la guerre 1914-1918, ou qu’environ cinquante Congolais bruxellois ont participé à la Résistance entre 1940 et 1945?

Une intégration dans les programmes scolaires, ou une reconnaissance — extra-scolaire — à travers un rituel annuel, serait tout à fait justifiée…

Sans vouloir faire de militantisme, une exposition peut — et doit — comporter un appel.

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