Johan Leman, 13 juin 2025
Pourquoi certaines régions deviennent-elles inhabitables à cause de facteurs environnementaux et pourquoi les terres agricoles deviennent-elles infertiles ? Cela résulte généralement de graves perturbations climatiques (sécheresses prolongées, inondations) ou de guerres qui ont rendu les terres pour tout un temps inutilisables et y empêchent toute activité agricole (explosifs, champs de mines…). Cependant, le processus est souvent moins spectaculaire… et il s’agit de sols qui produisent simplement moins qu’avant.
En cas de perturbation climatique intense, ceux qui en ont les moyens quittent leur village ou leur région pour une grande ville plus sûre, le plus souvent dans leur propre pays. D’autres fuient vers des camps, où ils veulent simplement survivre.
En cas de perturbation climatique lente mais progressive, on observe un exode lent des villages. Les habitants n’y voient plus d’avenir pour eux-mêmes, et encore moins pour leurs enfants. L’abandon des campagnes au profit des grandes villes est un phénomène qui dure depuis des décennies et qui précède souvent les migrations internationales, même lorsque le climat n’y joue pas un rôle direct.
L’afflux disproportionné de personnes vers les grandes villes y crée des tensions – politiques, religieuses, ethniques – ainsi qu’un manque d’opportunités d’emploi. Cela conduit à une augmentation des migrations internationales.
Celui qui rejette ces processus d’un revers de main en parlant simplement de « migrants économiques » ne se simplifie-t-il pas un peu trop la réalité ? Construire un genre de « mur » autour de ces régions, ou autour de notre propre territoire, peut temporairement réduire la pression sur un continent comme l’Europe, mais une telle solution n’aura jamais d’effet durable. Les gens finissent toujours par apprendre à contourner les murs.
À long terme, la seule solution est de réduire dans le Tiers-Monde l’afflux disproportionné vers les grandes villes. Les migrations internationales partent presque toujours des grandes villes, rarement directement des zones rurales. Il faut donc offrir aux réfugiés climatiques – qu’ils fuient une catastrophe soudaine ou qu’ils quittent un village qui se vide peu à peu – une alternative qui ne les pousse pas à rejoindre une ville déjà surpeuplée dans leur propre pays. Cela peut se faire en leur offrant de nouvelles opportunités à la campagne, mais dans des zones sûres, soit en réduisant ou en limitant les zones à risque, soit en créant de nouvelles conditions de vie intéressantes dans les villages. Relocalisation vers un endroit sûr dans son propre pays.
Le fait que les personnes qui arrivent chez nous ne se présentent que rarement comme des réfugiés climatiques, alors qu’ils le sont en réalité, ne doit pas nous rendre aveugles au véritable défi : le développement de lieux sûrs dans leur propre pays.
Dans un prochain billet de blog, je voudrais examiner ce que les organisations de migrants peuvent faire à petite échelle – mais avec un réel impact – dans cette approche.
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