Johan Leman, 22 avril 2026
Le 26 avril, nous célébrons la Journée du Patrimoine. Mais qu’est-ce que le patrimoine, et à qui appartient-il ? S’il y a bien une ville en Belgique où le patrimoine n’est jamais figé, c’est Bruxelles. La ville a toujours été un carrefour de nouveaux arrivants, de commerce, de langues et d’idées. Et dans ces domaines, le changement est resté une constante.
Prenons la zone du canal. Au XIXe siècle, des ouvriers y arrivaient de Flandre et de Wallonie. Ont suivi les Néerlandais, les Italiens, les Juifs d’Europe de l’Est, les Congolais, les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Marocains, les Turcs, etc.
Chaque vague était faite de flux et de reflux, laissant à chaque fois des traces — dans les quartiers, les langues, les religions, les saveurs et les odeurs. Bruxelles est une mosaïque patrimoniale, avec parfois aussi des fissures et des ruptures.
Des entretiens avec des personnes arrivées à Bruxelles après 2000 montrent qu’elles n’associent pas d’abord Bruxelles à ses bâtiments, mais à une multiplicité de langues et de cultures. Bien sûr, elles connaissent aussi la Grand-Place, le Parc du Cinquantenaire, quelques hôtels particuliers imposants et les musées classiques. Mais cela constitue surtout le patrimoine des touristes venus d’autres continents ou des Européens de passage pour quelques jours.
Pour les nouveaux arrivants, souvent hautement qualifiés, qui viennent vivre à Bruxelles, le patrimoine bruxellois est autre chose. Il s’agit avant tout d’un patrimoine immatériel : la tradition d’entendre une multitude de langues dans un grand espace commercial, la tradition de « laisser une place à chacun », d’être ouvert à la différence. Beaucoup distinguent Bruxelles du reste de la Belgique à cet égard. Combien de fois n’ai-je pas entendu dire : « je suis Bruxellois, pas Belge ».
Ce patrimoine immatériel comprend aussi les nombreux récits migratoires, auxquels le MigratieMuseumMigration (mmm.brussels) donne accès.
Cela conduira à terme normalement aussi à un patrimoine matériel intéressant, où une hybridation originale fera partie des possibilités. Mais à ce stade, du point de vue de haute qualité, il est encore trop tôt.
La Journée du Patrimoine devrait inviter aujourd’hui les Bruxellois à ne pas seulement considérer les bâtiments comme patrimoine, mais aussi les nombreuses autres personnes qu’ils ne côtoient pas habituellement, en visitant des quartiers plus éloignés de ceux où ils vivent ou travaillent.
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