L’innovation technologique et la lutte contre le décrochage scolaire doivent aller de pair


Johan Leman, 5 mai 2026

Classiquement, on associe le développement économique tourné vers l’avenir à la technologie innovante. Les formations professionnelles traditionnelles et le dialogue social qui les accompagne sont plutôt considérés comme appartenant au passé. Aujourd’hui, cette vision tend à devenir dominante.

Deux publications de 2025 de Pierre-Cyrille Hautcoeur, économiste et historien, directeur de l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, vont à l’encontre de cette idée. Il s’agit de « Une histoire économique et sociale : la France, de la Préhistoire à nos jours » et, avec Claire Lemercier, de « Les rythmes de la modernisation ».

Ces deux ouvrages mettent en évidence l’importance du dialogue social, y compris pour ceux qui placent l’innovation économique au cœur du développement.

La thèse centrale de Hautcoeur est que les théories classiques considèrent de manière trop unilatérale l’innovation technologique comme le facteur déterminant du développement économique. Cela ne correspond pas à la réalité historique, selon lui. Le progrès se déroule toujours par phases alternées. Un rythme variable est inhérent au développement économique, car les chocs économiques, les choix politiques et les institutions font partie intégrante du processus.

Dans la vision de Hautcoeur et Lemercier, les formations professionnelles de niveau inférieur et les classes sociales modestes occupent une place essentielle dans la réussite — ou non — des processus de développement guidés par des technologies avancées.

Pourquoi ? Parce qu’elles constituent une base de personnes dans laquelle on peut puiser pour assurer la flexibilité et permettre les économies d’échelle. Et parce que leur intégration — ou non — sera déterminante pour le succès du progrès envisagé. C’est pourquoi le dialogue social est indispensable. Il doit permettre de prévenir les conflits sociaux et garantir le maintien d’un niveau suffisant de consommation, même après l’introduction de l’innovation.

Cependant, le système ne fonctionnera correctement — et c’est ici que nos analyses récentes sur l’enseignement professionnel et le taux trop élevé de décrochage scolaire trouvent leur place — que si l’offre et la qualité des formations professionnelles non directement axées sur l’innovation technologique garantissent également l’intégration des participants dans la société. Un taux trop élevé de décrochage scolaire, en particulier dans les filières professionnelles, doit absolument être évité, car il entraîne la formation de zones grises et informelles dans la société, où trop de personnes se retrouvent en dehors du circuit normal de production et de consommation.

Même une politique qui considère l’innovation technologique comme une priorité doit continuer à traiter le décrochage scolaire comme une priorité.

Retour