L’Europe a un besoin urgent d’un autre type de politique de gestion des migrations


Johan Leman, 5 juin 2026

Dans les années 1990, j’ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, de participer pour la Belgique à une commission mise en place par l’Union européenne. Je peux donc imaginer comment se déroulent aujourd’hui les discussions sur la gestion des migrations dans les réunions européennes.

Le point de départ de ce type de commission est toujours le même : une définition préalable et précise des sujets sur lesquels les propositions peuvent porter, ainsi que des points qui sont exclus du débat. Autour de la table siègent des personnes appelées « experts », qui savent parfaitement quels points ils peuvent ou non rapporter à l’autorité qui les a mandatés dans leur pays.

Toute personne qui suit l’actualité sait qu’il existe aujourd’hui un paradoxe dans le débat sur la gestion des migrations. D’une part, on réclame que les nouveaux migrants soient maintenus autant que possible en dehors de l’Europe ; d’autre part, de nombreux employeurs, et pas seulement dans le secteur des soins de santé, demandent avec insistance l’arrivée de nouveaux migrants parce que les postes vacants ne trouvent pas preneur.

On pourrait s’attendre à ce qu’un gouvernement fasse traiter ces deux questions autour d’une seule et même table afin d’examiner s’il n’est pas possible de concilier, sur certains points, ces souhaits contradictoires. Ne serait-ce que pour essayer !

Or, à la lecture des propositions actuellement émises au niveau européen, il apparaît clairement que ce paradoxe n’est pas traité autour d’une même table. L’accent est mis, au niveau européen, sur la recherche de moyens pour empêcher l’arrivée de nouveaux migrants. L’attraction de nouveaux migrants pour des secteurs spécifiques du marché du travail semble être laissée à la compétence de chaque État membre.

C’est regrettable et, surtout, c’est une occasion manquée. L’Europe aurait davantage de chances de mettre en place une politique efficace de gestion des migrations si elle parvenait à dégager un consensus sur plusieurs dynamiques autour d’une même table européenne : empêcher l’entrée et renvoyer ceux dont on ne veut absolument pas ; faire correspondre l’arrivée de nouveaux migrants aux pénuries du marché du travail ; éventuellement aussi régulariser les personnes en séjour irrégulier dans des pays précisément définis. Manifestement, ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui. Dans ce domaine, l’Europe mène beaucoup trop de politiques à court terme et beaucoup trop peu de politiques à long terme.

Quand essaiera-t-on enfin, au moins, d’essayer de construire une approche cohérente de la gestion des migrations ?!

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