Le sens et le non-sens des primes au retour dans le cadre des migrations
Johan Leman, 22 janvier 2026
Proposition de la ministre Van Bossuyt :
« Les Syriens engagés dans une procédure d’asile qui optent pour un retour volontaire peuvent compter sur une aide à la réintégration de 5 000 euros. Plus une personne reste longtemps dans la procédure, plus cette aide diminue progressivement. Les personnes qui se trouvent actuellement en séjour illégal dans le pays et qui souhaitent retourner reçoivent encore 3 000 euros. » Apparemment, ce dispositif serait financé par des fonds européens.
J’ai moi-même été confronté aux primes au retour, à la fin des années 1980. À l’époque, le ministre de l’Emploi avait demandé au Commissariat royal d’étudier l’efficacité des primes au retour alors accordées. La grande leçon tirée de cette étude fut qu’il faut considérer le migrant comme un être humain qui cherche à améliorer son niveau de vie, pour lui-même ou pour ses enfants. La question que se pose alors le migrant est la suivante : cette prime est-elle une chose positive ou négative pour moi et ma famille ? L’État doit également se demander quels pourraient être les effets secondaires de l’introduction d’une telle prime.
- À la fin des années 1980, les personnes principalement intéressées par la prime au retour étaient celles qui envisageaient déjà de rentrer. Il s’agissait de migrants bien établis de première génération (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), proches de l’âge de la retraite.
- Dans le cas de Van Bossuyt, il s’agit d’un autre public, non de migrants établis. Mon conseil serait donc le suivant : raisonnez ici aussi comme si vous étiez vous-même partie prenante. Accepteriez-vous la prime si vous avez de fortes chances d’être reconnu comme réfugié ? Non. Vous pourriez éventuellement le faire si vous êtes dans une situation totalement désespérée. Dans ce cas, vous demanderez probablement la prime, à moins que vous ne voyiez absolument aucun avenir en Syrie. Je ne peux rien prédire à ce sujet. Je suis curieux de voir quel en sera l’effet.
- Et qu’en est-il des personnes en situation illégale ? J’ai vu des personnes sans titre de séjour rentrer dans leur pays parce qu’elles recevaient 1 500 euros. Donc oui, 3 000 euros pourraient avoir un effet. Mais ce seront surtout les plus dynamiques, entre 20 et 35 ans, qui se sentent de plus en plus frustrés et déprimés ici. Est-ce que cela aura réellement un impact significatif ? Je suis curieux.
- Peut-il y avoir des effets secondaires ? Un effet secondaire possible serait que cette prime soit « vendue » comme une sorte de billet de retour lors du recrutement dans le pays d’origine, et qu’elle soit vécue comme une reduction du prix du voyage en cas d’échec. Mais peut-être est-ce une hypothèse trop tirée par les cheveux.
Je me demande si tout cela a été correctement étudié en amont.
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