La force des femmes à Molenbeek


Johan Leman, 6 mars 2026

8 mars : Journée internationale des droits des femmes

Qui lit des choses sur Molenbeek apprend le plus souvent ce qui ne va pas. Mais est-il juste de réduire une commune à des chiffres, de gros titres et des préjugés, en mettant évidemment l’accent sur ce qui suscite la controverse ? Pourtant, celui qui observe simplement, jour après jour, ce qui se passe à l’entrée d’une maison de jeunes, ou qui franchit la porte d’une association de femmes, voit autre chose que la controverse. Il les voit : les mères et les grandes sœurs de Molenbeek. Elles ne sont pas la force bruyante qui se frappe la poitrine. Mais la force persévérante qui porte un quartier.

Elles se lèvent tôt le matin, préparent le petit-déjeuner, conduisent les enfants à l’école. (Hommage aussi aux hommes qui assument de plus en plus ces tâches !) Elles prennent soin de leurs parents, de leurs voisins, d’une famille nouvellement arrivée qui ne connaît pas encore les chemins. Elles organisent des activités de quartier. Et jamais il n’y a de mention spéciale, encore moins d’applaudissements.

Les femmes évoluent à la croisée de la tradition et de l’avenir. Sont-elles pour autant victimes, opprimées ou vulnérables ? La réalité, c’est que ce sont elles qui excellent dans l’art de négocier. Elles trouvent des chemins qui ne sont pas toujours droits, mais qui sont les leurs. Elles font souvent preuve d’une solidarité remarquable entre elles. Ainsi, elles s’emmènent mutuellement au musée ou à une formation pour apprendre à bien faire du vélo.

Il m’arrive d’en voir quelques-unes aux alentours du Foyer. Ce sont des mères qui posent des questions sur les choix d’études de leurs enfants, ou des adolescentes qui rêvent d’université, d’entrepreneuriat, d’art ou de soins. Elles grandissent avec plusieurs langues dans la tête et plusieurs mondes dans le cœur. Elles voient leurs mères lutter, mais aussi persévérer. Elles prennent la parole. En classe. Sur les réseaux sociaux. Dans les mouvements de jeunesse. Elles posent des questions que leurs mères n’ont peut-être jamais pu formuler à voix haute. Et en même temps, elles restent liées. À leur famille. À leur quartier. À leur histoire. Il est vrai que certaines doivent « lever le pied » après leur mariage. Mais ce n’est plus la norme depuis un certain temps déjà.

Celui qui veut comprendre Molenbeek ne peut se limiter à certains jeunes qui dealent ou provoquent des troubles, ni aux messages médiatiques qui se focalisent surtout sur eux. Car qui porte Molenbeek ? Beaucoup de ces femmes. Elles sont la fenêtre ouverte sur l’avenir.

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