Johan Leman, 24 juin 2026
Lundi dernier, au musée MMM, nous avons eu une conversation avec Daniele Sanzone, musicien de rock et auteur originaire de Scampia, sans doute le quartier le plus tristement célèbre de Naples, redouté pour le trafic de drogue et la Camorra. Il y est né et y a grandi.
À la question de savoir ce qui, selon lui, pousse les jeunes vers le monde de la drogue, sa réponse fut : l’argent (surtout lorsqu’il n’y a aucune perspective d’emploi) et l’identité (c’est-à-dire le fait d’« être quelqu’un »). Si l’on transpose cela, mutatis mutandis bien sûr, à la zone du canal de Bruxelles, on constate que les revenus et les perspectives économiques y sont loin d’être satisfaisants. Donner aux jeunes la possibilité de devenir « quelqu’un », c’est précisément la mission du travail de jeunesse.
À la question de savoir quelle nouvelle tendance il observe ces dernières années à Scampia, il a répondu que la concentration du trafic de drogue en des lieux fixes et bien identifiés est en train de disparaître. À sa place apparaît une grande flexibilité : les transactions sont organisées via les réseaux sociaux et se déroulent sur rendez-vous.
Que peut-on apprendre de ce qui se passe à Scampia ? Que les points de vente fixes perdront de leur importance au profit d’une multiplication des lieux de transaction ainsi que d’une mobilité accrue facilitée par les réseaux sociaux. Dans cette perspective, une mesure limitant l’usage des trottinettes électriques est probablement une bonne initiative. Mais elle restera insuffisante. Que faire alors ? Intervenir immédiatement dès que l’on constate ce qui remplacera les trottinettes électriques. Mais le problème fondamental demeurera : un manque de revenus et de perspectives économiques.
Et il a également conclu sur une remarque intéressante, en se référant à Pasolini, pour expliquer le comportement agressif chez certains jeunes : ceux qui sont haïs finiront eux-mêmes par haïr.
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