Sur le chemin de l’ école

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Par Sabine Verhest (La Libre Belgique)

Les Roms n’habitent pas qu’en Europe centrale et orientale, ils vivent en Belgique aussi. A Bruxelles, des médiateurs vont en rue pour convaincre les parents de mettre leurs enfants à l’école. Ils suivent ensuite leur présence scolaire. Avec des résultats.

Il parle encore avec un violoniste aux cheveux argentés,mais son regard a déjà repéré Valentina et ses deux gamins, au loin, parmi les promeneurs de l’avenue bruxelloise de la Toison d’Or. “Je reconnais tout de suite les Roms !” Lorsque la jeune femme, longue jupe et foulard sur les cheveux, arrive à sa hauteur, Florin Muntean l’accoste sans ambages en romanès. “Bonjour !” L’homme, style fonceur et fier de lui, ne la connaît pas. Mais il arpente les rues de la capitale avec pour mission celle d’amener les parents roms à inscrire leurs enfants à l’école. Valentina n’y a pas pensé un instant sérieusement. “On n’est pas assez bons, on ne voudra jamais nous accepter”, tranche-t-elle d’avance, devant ses garçons de 5 et 7 ans qui écoutent distraitement. Lui, la coupe, assure que si, tend son numéro de téléphone. “Venez me voir au bureau lundi.”
Florin Muntean, 48 ans, un Rom originaire d’Arad en Roumanie, travaille pour le centre régional d’intégration Le Foyer, à Molenbeek. Il montre, non sans une certaine fierté, la liste des jeunes qu’il a inscrits dans les écoles bruxelloises le mois dernier. Le “service roma et gens de voyage” du Foyer jette des ponts entre deux mondes qui ne se comprennent souvent pas. “Il existe de grandes différences culturelles et il est difficile de comprendre la logique des familles”, explique son coordinateur, Koen Geurts. “Avec une bonne médiation, on peut faire la différence.” Le Foyer intervient à la demande des écoles, des centres psychomédicosociaux, de la police, des services de protection judiciaire, etc. Sesmédiateurs, roms et/ou roumains, effectuent des visites à domicile et font de la sensibilisation dans la rue. Florin Muntean et son collègue Gabriel Mihai surveillent également l’absentéisme scolaire de leurs recrues; ils relancent les parents, les tancent aussi quand il faut. “Je connais tous leurs trucs. Je suis rom, on ne me la fait pas !”, lance le premier.

La journée des Roms (3min18)

Le Bureau européen d’information sur les Roms (Erio) évalue à 20000 environ leur nombre en Belgique – ils seraient 10 millions, si pas 15, en Europe. Chiffrer leur présence reste toutefois “difficile”, explique une médiatrice interculturelle de l’association Diogènes, qui soutient et accompagne les gens de la rue. Parce que certains “circulent beaucoup”. Parce que “la plupart ne s’inscrivent pas à la commune” à leur arrivée. Koen Geurts évalue à 6000 leur nombre à Bruxelles, Roumains sédentarisés surtout, mais aussi Hongrois,
Slovaques, Bulgares ou exYougoslaves.Ils jouent de la musique, vendent des journaux ou des fleurs, ils sont ferrailleurs, commerçants ou femmes deménage. Ils travaillent au noir aussi, dans la restauration ou la construction. Sur le terrain bruxellois depuis 7 ans, unemédiatrice qui souhaite garder l’anonymat distingue trois catégories de Roms dans la capitale. Les personnes
régularisées – qui travaillent, vivent du CPAS ou du chômage – et celles qui, avec l’entrée de leur pays dans l’Union européenne, se sont installées légalement comme indépendants. “On ne les voit plus dans les rues, elles travaillent et leurs enfants sont scolarisés.”
Restent “ceux qui n’ont rien, qui viennent ici pour survivre, qu’on voit dans les rues, les gares ou les stations de métro” pour trouver de quoi manger et payer leur loyer. La médiatrice les accompagne vers les services adéquats, pour répondre à leurs demandes en termes
de santé, de finances et de séjour. Ceux là vivent au jour le jour, mendient, même si l’activité rapporte “de moins en moins” et si les mères sont souvent interpellées par les passants : “Trouvez un travail !”, “rentrez chez vous !”, “que font vos enfants dans la rue ?”, “c’est de la maltraitance !”, “pourquoi ne les mettez vous pas à
l’école ?”. Pour une maman rom, mettre son petit à l’école avant 7 ans confine à l’abandon. “Vu de l’extérieur, on a l’impression que les Roms laissent courir leurs gamins partout, mais on constate un vrai lien fusionnel”, explique l’assistante sociale d’une école bruxelloise.
Cela dit, “les comportements changent et l’on commence à avoir des petits dès lamaternelle”.

Reste qu’à partir de 6 ans, l’instruction s’avère de toute façon obligatoire pour tous, présents légalement en Belgique ou non, installés pour quelques mois ou plusieurs années. “On essaie de le faire comprendre aux parents”, explique Gabriel Mihai. Comme beaucoup, Valentina l’ignorait, visiblement. Et ne pensait pas, tout aussi visiblement, que ses garçons puissent être accueillis dans un établissement belge. “En Roumanie, les professeurs sont contents quand les enfants roms ne viennent pas à l’école et beaucoup pensent qu’ici, c’est la même chose.” Làbas, le nombre de jeunes scolarisés a plus que doublé en 20 ans,mais 20% des 1829 ans ne
sont jamais allés à l’école. En Hongrie, 40% abandonnent avant la fin de l’enseignement primaire. En Slovaquie, ils sont à peine 3% à terminer des études secondaires et 10 foismoins encore à décrocher un diplôme universitaire. Et quand ils réussissent, l’absence de
perspectives professionnelles achève de les doucher. “Sur des offres d’emploi en Roumanie, on peut lire : Tsiganes s’abstenir”, témoigne Gabriel Mihai.
Pauvreté, connaissance insuffisante de la langue officielle, méfiance envers les institutions, désintérêt des autorités, discriminations, racisme, relégations dans des institutions pour handicapés, intolérance du reste de la population entravent un accès plus large à l’éducation. Lorsqu’ils arrivent en Belgique, les Roms restent dès lorsméfiants.Or, “l’intégration passe par la scolarité”,
pense Florin Muntean. “Moi, je suis un vieux cheval, mais les jeunes poulains, on peut en faire quelque chose !”
D’autres raisons expliquent cependant leurs réticences, à commencer par le manque de moyens financiers. L’école coûte cher, en particulier pour ceux qui n’ont pas accès aux allocations. Pour les familles en situation précaire, parce que sans statut légal par exemple, la priorité consiste à survivre; la mendicité rapporte plus avec les petits et lesmettre à l’école reste secondaire. “On oblige les enfants à s’y rendre sans s’intéresser au reste, au fait qu’ils ne survivent que grâce à lamendicité ou que plusieurs familles doivent se partager un appartement insalubre”, regrette la médiatrice de
l’ASBL Diogènes. “Si, au moins, l’école était vraiment gratuite, si lematériel ou des tartines àmidi étaient fournis ! Je ne parle pas d’argent”, ajoutetelle à l’attention de ceux qui redouteraient un appel d’air de candidats à une vie meilleure. “Toute la Roumanie ne va quand même pas venir ici attirée par du matériel scolaire !” Le
Foyer aide ainsi les familles, en payant des cartables ou des repas chauds, mais “on leur demande toujours de contribuer, même un tout petit peu”, explique Koen Geurts.
Des éléments culturels jouent également. A l’adolescence, les jeunes songent déjà à entrer dans la “vraie vie”. “Je me suis marié à 16 ans, ma femme en avait 13”, témoigne l’un d’eux. “Le mariage fait partie du grand projet de la vie, les parents y pensent dès que leurs enfants ont 12 ou 13 ans”, explique une jeune femme. Aussi
hésitentils à envoyer une fille à l’école secondaire : elle risque d’y perdre sa virginité et le déshonneur de s’abattre sur la famille. “Pour les Belges, la base, c’est les études. Pour les Roms, c’est le mariage. Mais le jeune couple n’est pas abandonné à luimême,
il vit au sein de la famille avec les parents. Pour nous, c’est fou de voir qu’ici des jeunes vivent seuls à 18 ans, on trouve cela dangereux
!”Même entourés des parents, il demeure difficile pour une fille mère de poursuivre des études secondaires et pour un jeune père de passer des heures sur les bancs d’école sans ramener d’argent au foyer.
“On tombe aussi parfois sur des enfants de 14 ans qui n’ont jamais été à l’école”, rapporte encore Gabriel Mihai. Pour eux, existent Zaveldal, une école destinée aux jeunes avec de gros retards scolaires, ou le Vormingscentrum, “pour ceux dont les carrières scolaires sont carrément catastrophiques”, précise Koen Geurts. L’approche y est personnalisée, l’encadrement accompagne
les jeunes avec des cours spécifiques vers la vie active. Sur les 54 places de ce centre de formation de Molenbeek, 33 sont occupées par des Roms, très intéressés par cette filière pratique qui correspond à leurs attentes de (tout) jeunes adultes.
Bien sûr, “il y a aussi ceux avec lesquels on s’arrache les cheveux…”, soupire Koen Geurts. Le Foyer a 350 dossiers de scolarisation dans ses tiroirs, des cas à peine problématiques pour certains, quasi désespérés pour d’autres. “Toutes les familles ne sont pas capables de s’adapter”, concèdeton à l’ASBLDiogènes. Et la délinquance n’est parfois pas loin. Florin Muntean a un jour été appelé pour traduire l’interrogatoire d’un exYougoslave de 12 ans. “Le policier lui a demandé pourquoi il volait, et il a répondu : “c’est normal, je suis rom”. Mais non, ce n’est pas normal !”, s’exclame le médiateur. “Le grand public ne voit d’ailleurs souvent des Roms que les mendiants et les voleurs”, déplore Koen Geurts. La police fédérale a précisément analysé les faits commis par les “groupes d’auteurs itinérants” et “sédentaires” (originaires d’Europe centrale et orientale surtout, mais pas tous Roms pour autant), comme les cambriolages dans les habitations, les vols par la ruse ou les vols de métaux par exemple. Les sédentaires, comme les appelle la police, “se caractérisent par l’implication de mineurs d’âge pour commettre les délits” et proviennent de Serbie et duMontenegro, de Roumanie et d’Albanie pour la plupart, selon une étude datant de 2007 [1]. Audelà de cette constatation, la police refuse de donner des chiffres, soucieuse de ne pas stigmatiser une communauté. “Nous ne travaillons pas sur base de l’origine
ethnique”, insiste sa porte-parole.
Les médiateurs, eux, positivent. “On est sur le terrain au jour le jour et on a une autre vision de la réalité”, assure Koen Geurts. “Il existe des situations multiproblématiques, mais on voit les progrès, qui semesurent aux registres des présences des écoles. Le pourcentage d’absences non motivées diminue. Ce sont des petits pas, mais les résultats sont clairement positifs”, poursuitil. “Les parents s’impliquent, nous n’avons presque plus de problèmes”, se
réjouit l’assistante sociale d’une école communale accueillant plusieurs enfants roms. Mais “heureusement que les médiateurs sont là, cela nous a permis de nous comprendremutuellement”. Pour FlorinMuntean, “il est aussi venu le temps, pour les “Gadjé” (les Blancs, NdlR), de changer leursmentalités visàvis
de nous, et de ne plus nous prendre systématiquement pour des malades ou des voleurs”.


[1“L’approche des groupes d’auteurs itinérants : une
actualisation”, SPF Justice, chancellerie du Premier ministre,
Intérieur, 22mars 2007.

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